Explorer les différentes formes de désir sexuel
Spontané, réactif, contextuel : divers fonctionnements... tous valides !
Hello hello! Comment allez-vous ?
Pour ma part, le doux début d’automne me plaît beaucoup avec ses belles soirées fraîches. 🍂
Ce mois-ci, j’ai eu envie de me pencher sur le désir sexuel. Et, plus particulièrement, discuter des différentes façons de le ressentir. Ce sujet peut paraître banal, voire surexploité, mais il faut savoir que le désir sexuel demeure, malgré tout, l’un des plus importants motifs de consultation chez les sexologues. Comme quoi, on n’a pas fini d’en parler. Allons-y donc!
Un sujet délicat
Le désir sexuel amène son lot de questions et d’incertitudes. En ai-je trop ? Pas assez ? Est-ce normal s’il fluctue ? S’il est absent, peut-il revenir ? Toutes ces interrogations peuvent créer du stress chez bien des gens, puisqu’on vit dans une société et une ère dans laquelle la sexualité est omniprésente partout, tout le temps. Il existe une réelle injonction à être actif ou active sexuellement, sous peine de se sentir exclu.e, voire anormal.e.
Pourtant, il y a des tas de raisons pour lesquelles le désir peut aller, venir, changer, se transformer, voire même, oui, disparaître. Il n’est pas non plus binaire, du genre : on le ressent ou pas. C’est plus nuancé que cela et, surtout, influencé par de nombreux éléments, comme l’estime de soi, la relation avec son image corporelle, l’environnement dans lequel on vit, les responsabilités personnelles, etc.
Le désir sexuel peut prendre plusieurs formes.
Trois facettes du désir (et plus encore)
Je n’aime pas nécessairement fonctionner avec des catégories très strictes, étant donné qu’un élément comme le désir est difficile à saisir et quantifier, en plus d’être une donnée extrêmement subjective selon chaque personne. Toujours est-il qu’il y a quand même possibilité de parler de grandes tendances que l’on peut observer chez une majorité de gens. Les voici :
Désir spontané ⚡
Il émerge spontanément, sans que le contexte soit nécessairement sexuel ou érotique. On a beaucoup vu ce modèle dans la culture populaire, via des personnes majoritairement masculines (mais pas que), qui ont une forte envie de sexualité qui arrive de façon subite et « in the moment ». On a largement associé la sexualité normative à ce modèle dans lequel chaque personne devrait, si elle a « vraiment envie », ressentir ce genre d’appel interne puissant qui doit être assouvi rapidement. La réalité, c’est que ce n’est vraiment pas tout le monde qui vit sa sexualité comme ça.
Désir réactif 🌊
Il va se manifester en réaction à une stimulation sexuelle, qu’elle soit directe (ex. : s’embrasser, se caresser) ou indirecte (ex. : un contexte érotique, des regards échangés). C’est un type de désir qu’on voit plus fréquemment et qui est plus « réaliste », si l’on veut, quant à la disponibilité mentale et physique qui est souvent nécessaire dans un contexte sexuel. Les personnes en couple sur une longue durée vont souvent avoir un désir réactif plutôt que spontané
Désir contextuel 🌿
Il est influencé par l’environnement, les émotions, la santé physique et mentale, bref, tout ce qui fait partie du contexte dans lequel il émerge ou non. Par exemple, on sait que le stress et l’anxiété sont souvent des inhibiteurs du désir. Si une personne est très anxieuse, il y a de fortes chances qu’elle ne ressente peu ou pas de désir sexuel. En fait, on pourrait même dire que le désir est toujours contextuel : il se déploie différemment selon les conditions avec lesquelles chaque personne doit naviguer. Par exemple, plusieurs personnes restent surprises d’apprendre que les gens asexuels peuvent avoir des relations sexuelles. C’est que le désir sexuel peut être présent pour différentes raisons : faire plaisir à l’autre, une envie très spécifique à un moment précis dans un contexte facilitant, pour avoir une connexion avec l’autre ou les autres, pour se sentir validé.e, etc.
Il y a aussi un autre élément à tenir en compte : le désir peut être solitaire, dyadique ou polydyadique.
Désir solitaire :
Quand on éprouve un désir qui peut être satisfait par soi-même, soit par la masturbation ou par une auto-érotisation de sa propre personne, sans ressentir le besoin de le partager avec qui que ce soit d’autre.Désir dyadique :
Quand on a l’envie et le besoin de s’engager dans une activité sexuelle avec une autre personne.
Désir polydyadique1:
Lorsqu’on souhaite vivre une sexualité à plusieurs.
⚡ En somme : toutes ces formes de désir sont valides, et une même personne peut passer par tous ces modes ou aucun de ceux-ci.
J’écris/je jase…
Chez Urbania, où j’explique pourquoi les sexologues ne vous parlent pas de leur vie sexuelle.
Exercices pratiques
Si vous vous posez des questions sur le désir sexuel actuellement, certains exercices peuvent aider à faire le point et explorer son fonctionnement afin de mieux vivre sa sexualité.
Échelles du désir
Il existe quelques échelles du désir qui ont été créées pour mieux comprendre comment le désir sexuel se manifeste. Sans surprise, celles-ci sont souvent conçues à partir de prémisses très hétérocisnormatives (donc par et pour des personnes hétérosexuelles et cisgenres). Il est tout de même intéressant de voir les critères qui sont pris en compte pour quantifier le désir. On trouve des outils comme :
Le Sexual Desire Inventory-2 (SDI-2) (2024)
L’Échelle du désir sexuel (2000)
Mini-exercice introspectif :
C’est quoi le désir sexuel pour moi ?
Qu’est-ce qui l’active ou, au contraire, l’éteint ?
Comment je perçois mon désir actuellement et en général (spontané, réactif, contextuel, absent, fluide, etc.) ?
Est-ce que mon désir sexuel a changé à travers les années ?
Ai-je de l’espace en ce moment pour avoir du désir sexuel ?
Ça peut paraître simplet, mais juste se poser et tenter de répondre à ces questions peut être challengeant pour bien des gens. On tient tellement souvent le désir pour acquis qu’on oublie qu’il peut changer, évoluer. Faire cet exercice de temps à autre peut aider à voir où l’on se situe et si ce qui accentuait le désir avant… fonctionne encore maintenant !
Quelques ressources
J’aime beaucoup les écrits et les propos de l’autrice américaine Emily Nagoski qui réussit à expliquer avec simplicité et efficacité bien des concepts liés à la sexualité humaine. Le désir est un de ses sujets de prédilection et elle a d’ailleurs fait deux ouvrages fort pertinents à ce sujet.




Elle co-anime également un balado dans lequel elle parle de sexualité, dont un épisode qui aborde très concrètement le fonctionnement du désir sexuel :
Bien que je l’aie commencé et que je ne l’aie pas encore terminé, je sais que l’essai ACE de la journaliste Angela Chen a été une révélation pour beaucoup de gens qui l’ont lu. Il permet de réfléchir à la notion de désir dans une société qui l’exige, ni plus ni moins.
Sinon, ce collectif sous la gouverne de la militante féministe adrienne maree brown permet de réfléchir aux éléments qui construisent et influencent le désir dans notre société. Elle s’intéresse aussi aux solutions pour sortir des carcans sexuels rigides qui ont été érigés au fil de l’histoire et, entre autres, comment décoloniser notre regard sur ce sujet. Vraiment pertinent.
#Shamelessplug : J’en parle aussi dans mon essai Sexe, sexo, sexu! 🤓
J’aimerais connaître vos suggestions aussi! N’hésitez pas à les indiquer en commentaire. 👀
En bref
Si le désir sexuel demeure le sujet #1 discuté chez les sexologues, c’est probablement parce que nous avons beaucoup à apprendre encore sur le sujet. Ne serait-ce que constater que le désir sexuel peut être vécu de toutes sortes de façons. Qu’il n’y a pas de mode d’emploi précis pour l’éveiller ou, du moins, qu’il n’existe pas un guide applicable à toustes et à toutes les situations. Qu’il peut se vivre de façon aussi diverse qu’il y a de gens pour le ressentir. Et que les personnes qui ne le ressentent pas doivent aussi être incluses, car c’est une facette importante du désir : son absence.
Cela met en lumière le fait que le désir ne devrait pas être considéré comme une obligation. Question d’arrêter de se mettre une pression énorme sur les épaules de un et, de deux, pour ne plus jamais que des gens se sentent brisés lorsque le désir n’y est pas, plus ou fluctue.
En espérant que ce sujet vous aura plu.
Je vous souhaite une très belle fin de mois de septembre et on se revoit en août pour l’infodouce ! 🙂
Le terme n’est pas officiellement reconnu dans les études.




